20/05/2009

Pourquoi pourquoi pourquoi???

La colombie??

Quelques raisons, liste non exhaustive, ordre non préférentiel, quelques non dits, les bonnes choses cachent toujours des choses qu'il vaut mieux taire.

Les gens, la facilité avec laquelle ils s'intéressent à toi, à ce que tu es, la manière dont ils posent des questions, la manière dont ils veulent tout savoir de l'autre, depuis comment il vit, avec qui il vit, où il vit, pourquoi il est venu ici. Que ce soit des étudiants, des gens rencontrés pendant des soirées, des serveurs qu'on revoit trois quatre fois, tous veulent savoir qui tu es, et ne se sentent pas genés de te le demander.

Ici quand tu es gros tu es "gordo" (gros), quand tu es blond tu "mono" (blond), quand tu es maigre tu es "flaco" (maigre), tu es ce que tu apparais. Et l'apparence.... Après cinq mois en Inde pendant lesquels quelle que soit la manière dont tu vis ta vie, tu seras quelque chose de bizarre, ici, l'apparence est primordiale.

Les petits noms, "princesa", "mi vida", "amorcito", de la vendeuse aux profs, tous ont un petit mot pour tout le monde. Et c'est normal, et non ce n'est pas de la drague (pas tout le temps du moins) et non ce n'est pas non plus une agression sexuelle cachée. On te regarde, on t'appelle par ton petit nom, et on est content de te voir.

Les profs, qu'ils aient 26 ou 52 ans, qui te racontent leur vie en détails, parce que tu leur as posé une question purement académique, ils te répondent par "Tu sais moi avec ma copine, depuis qu'on habite ensemble... " ou "C'est l'anniversaire de mon mari ce week-end et... " et tout le monde trouve ça normal. Et tout le monde sait quand s'arrête la relation prof-élève, pour que commence la relation personne-personne. Je ne saisis toujours pas le moment, je suis toujours surprise qu'un de mes profs avec lequel j'ai discuté mémoire et master, me demande "Et toi, tu as un petit ami? Non parce que ma copine............" Comprends pas...

Les relations de couple. Incompréhensible. Ici une ou un officiel et quelques officieux... Normal. Culture latine? Regaeton? Je saisis pas.

Le mélange. J'ai discuté avec des colombiens qui ont voyagé en Amérique latine et qui m'ont prendre conscience d'une chose: la Colombie est diverse. Ici il est normal de croiser une blonde avec des traits très marqués d'indigène, ou un noir avec les yeux bleus, ou un asiatique métissé, ou tous les mélanges que la planète comprend. Même si il y a une grande proportion de bruns avec les yeux noirs. La diversité ici, elle est partout, même si il est plus facile d'avoir le look indo-européen.

Les transports!! Les busetas. J'avoue j'ai bien du mettre un mois avant d'oser tendre le bras vers un de ces engins diaboliques. Le système de transport à Bogota est merdique, c'est pas moi qui le dis, c'est tout le monde. Et quand tout le monde le dit tous les jours, ça fait beaucoup. Busetas, van avec un panneau indiquant au minimum dix directions placé sur le pare brise, un chauffeur fou, il faut être fou pour conduire dans ce pays, 1200 pesos (40 centimes d'euros), soit un billet de mille et une pièce de 200, ou quand j'ai pas de bol un billet de 2000, mais là c'est chiant parce qu'il faut récupérer pleins de pièces... Personne n'aime ça, moi non plus, aujourd'hui je me suis même surprise à recompter. Pour monter: on tend le bras, on saute à l'intérieur; pour descendre, on dit "aca por fa' senor" et on saute avant que la buseta ne reparte. Je n'ai pas encore réussi à avoir d'accident. (Ironie)

Le service. Ma dentiste m'a appelée deux fois par jour pendant trois jours pour savoir si j'allais mieux. D'accord c'était de sa faute. Mon visage enflé du côté droit, c'était de sa faute. Mon visage à peu près énorme comme... énorme quoi, c'était sa faute. MAIS, rien ne l'obligeait à me donner son numéro personnel, à me dire, tu m'appelles à n'importe quelle heure, et voyant que je ne l'appelais pas, s'inquiéter pour mon cas et m'appeler un jeudi, vendredi, samedi, matin et soir, pour vérifier si je me portais bien. Le service aussi ici c'est quelque chose d'incroyable, il existe un système de livraison à domicile de tout, à n'importe quelle heure. Le tout je suis pas toujours d'accord, style les médicaments, mais en voyant le prix d'un docteur ici, on a envie de se mettre à l'automédication, et le n'importe quelle heure je suis encore moins d'accord, mais personne ne semble trop s'inquiéter des conditions de travail des colombiens. Donc bon... Si l'envie me prend (j'en doute) de vouloir manger de la glace, empanadas avec trois bières à 4h du matin un samedi, je peux, il y a le "Correo de la noche" pour m'apporter ça à la maison.

Être française ici, parce qu'après 6 mois quand on te demande "Où est ce que tu as appris l'espagnol" et que tu réponds "Ici", tout le monde te regarde comme si tu étais belle, forte, intelligente, parfaite. Et ça fait du bien...

Les possibilités, parce que je suis française justement, que je fais des études supérieures qui ne me valent pas si cher en France en comparaison à ici, et que si je reviens pour travailler, j'aurais des tonnes d'opportunités parce que je parle français, anglais et espagnol. Parce qu'ici la moyenne d'age des dirigeants politiques, économiques, sociales est de 30 ans, et qu'après 30 ans il reste toute la vie, pour ne plus être élite et être tranquille.

Finalement tout ça, c'est la vision un peu passionnée d'une européenne dans un pays encore en voie de développement, dans lequel couve un conflit interne. Une européenne qui vient d'un pays dit "des droits de l'homme", dont la culture est aimée partout en Colombie. Une personne qui a les moyens de vivre au dessus des moyens de la plupart des gens qui vivent ici.

J'espère quand même ne pas passer à côté de ce que je veux voir ici.


Ooooh promis la prochaine fois je vous montre comment c'est chez moi.





P.S: Les choses à taire: je vis avec un alcoolique et une nymphomane.......................

21/04/2009

Te gusto Peru??

No

Et voilà. Pas besoin d'en faire un fromage. Concision, précision sont mes mots d'ordre. J'ai jamais aimé les gens qui s'étalent sur le sujet, qui en font des tonnes, qui tournent autour du pot.

Tu as aimé le Pérou? Non. Et c'est tout.

Pourquoi? Pour beaucoup de raisons.

Le Pérou c'est LE pays dont les guides parlent. Lorsque qu'il s'agit d'Amérique Latine, il y a l'Argentine et le Pérou. Partant de là je ne vais pas m'avancer sur la situation de l'Argentine mais le Pérou est plein. J'entends plein de touristes. Des touristes qui ont beaucoup d'argent à dépenser, ou du moins qui pensent avoir beaucoup d'argent à dépenser vu que leur pouvoir d'achat est multiplié par 4. Des touristes qui colonisent tout, partout, tout le temps. Des touristes qui grognent sur la "qualité", sur le "service", qui s'attendent à être reçus comme des princes partout sous prétexte qu'euros, livres et dollars valent beaucoup plus que les soles (tiens j'ai découvert une monnaie).

Donc le Pérou, 10 jours, pour la semaine Sainte, concept du colonisateur catholique qui s'en va vers l'autre bout du monde. Le Pérou, avec le projet de "voir" ce qu'il faut voir, parce que ce n'est pas moi qui ai organisé le voyage. On peut dire que je ne suis pas touriste dans l'âme. C'est à dire qu'il y en a qui font ça tellement bien, je préfère laisser ça à d'autres, je suis spécialisée pour d'autres choses.


Bonne touriste Mauvaise touriste
(comme ça au passage, les péruviens ont le rickshaws eux aussi, c'est fou non???)

Première réponse: Non je n'ai pas été au Macchu Picchu. Je n'en suis pas désolée, ne le soyez pas non plus.

Le Pérou pour moi c'est ça.

Arrivée Lima un jeudi à 17h, rencontre avec les soles, retrouvailles avec la chaleur, ça fait du bien, rencontre avec des chauffeurs de taxi, ne jamais faire confiance à un chauffeur de taxi, 40 soles, c'est trop... Beaucoup beaucoup trop... Vers le terminal tout de suite, rencontre avec des mini péruviens, des enfants, je ne les comprends pas, comment des êtres de 3 et 4 ans peuvent ils parler un meilleur espagnol que moi...??? Premier voyage en bus, 16 heures. Oui tu vois, 16 heures c'est long.



Première arrivée le vendredi, Arequipa, la ville avec la vue sur la montagne, la ville avec une place centrale pleine de chrétiens qui tournent tournent autour de la statue centrale, drôle d'habitus ces gens.... C'est semaine sainte aussi. Arequipa c'est plein de touristes, des français partout, je ne suis plus habituée à entendre parler plus français qu'espagnol, j'avoue, ça me déplait. Les paysages sont magnifiques, la nourriture est incroyable.



Départ, samedi 7 heures pour la Vallée del Colca, vallée authentique selon Yousra. J'aime pas l'authentique de Yousra, je n'aime pas qu'on me fasse payer une taxe d'entrée dans un village sous prétexte que mon passeport est français, je n'aime pas que toute la population d'un village soit prête à me montrer du vrai péruvien dès que je passe sur le chemin, je n'aime pas que le dimanche matin, comme tous les autres matins, dès 7h, toutes les femmes et les enfants du village soient à faire des danses sur la place du village en envoyant les plus petits faire le tour des touristes très nombreux venus chercher de l'authentique pour mendier quelques soles. Je n'aime pas, ça me met de très mauvaise humeur.

Vallée del Culca, des paysages magnifiques, un canyon très profond, des aigles qui dansent dans le ciel, comme si tout avait été organisé, je commence même à douter de la nature...


Dimanche soir, retour à Arequipa, rencontre avec un Belge qui fait le tour du monde des expériences "différentes", oui un régime d'herbes hallucinogènes du Pérou pendant deux semaines c'est différent. Et faîtes donc attention à 2012, l'année sera mauvaise. On verra...

Un belge, deux françaises, du Pérou, une fois...

Lundi matin départ vers Puno, lac Titicaca, besoin d'air, les grands espaces, les paysages sont beaux, c'est beau, c'est beau...



On nous dit que oui on peut aller jusqu'à la Paz en une journée, moi je dis "Cool le Pérou c'est fini, vive la Bolovie!!" Finalement on aura été jusqu'à Copacabana, histoire de traverser la frontière et d'avoir un tampon sur le passeport. Oui c'est officiel. Copacabana c'est une ville créée pour les touristes, enfin je crois, non c'est sur... Il y a plus d'étrangers au mètre carré que de péruviens ou de boliviens. Pourquoi j'aime la Colombie? Parce que je suis la seule étrangère à la ronde, ça me rend unique... C'est tout à fait nombriliste, mais c'est comme ça.



Mardi, retour Puno, on a bien dormi dans une belle chambre d'hotel, la Bolivie c'est vraiment pas cher par rapport au Pérou, moins cher par rapport à la Colombie, et vraiment donné par rapport à l'Europe. On ira visiter les îles flottantes du lac Titicaca dis?? Oui on ira. On y va d'ailleurs. Les gens vivent sur un mètre de paille qui flotte sur l'eau, il y a leur maison, des écoles, des ports, des bateaux, leur métier, attendre les touristes et fabriquer des objets pour vendre aux touristes. Ils vivent sur les îles à l'année, c'est comme un rêve de gamin. D'ailleurs ceux qui naissent ici finissent toujours par revenir. Toujours.



Mardi soir, bus, bus direction Cuzcu, avec un projet, arriver à 5 heures du matin pour voir le Macchu Picchu à 12heures. Moi j'aime bien les projets. Mais les projets de ce genre, je ne leur donne pas trop de foi. J'ai raison souvent. Le MP (petit nom sympa) coûte cher si le touriste n'a pas trois jours pour faire l'aller retour à pied. Le MP est encadré par une compagnie anglaise qui doit être bien contente que des touristes du monde entier viennent dépenser 250dollars la journée pour aller voir un lieu millénaire. J'arrête, ça m'énerve encore. Un jour j'irai à pieds, avec une bouteille d'eau dans mon sac à dos, uns casquette et un sac de couchage, voir le MP. Promis. A la place, je traîne dans Cuzco. J'ai laissé ma compagne de voyage à meilleure compagnie pour elle, je suis fatiguée de ses pleurs sur la qualité du service, sur la méchanceté des serveurs, sur, nanananana. Moi je dis et j'ai peut etre tort mais j'en doute, que lorsqu'on se comporte comme un con, tout ce qu'on a comme comportement en face c'est celui d'un con. C'est universel, basique.


Jeudi matin, je reprends un bus, toute seule, je veux aller vers Lima en paix, penser avec moi même et parler avec les oiseaux. Je suis fatiguée, je suis faiblarde, les voyages en bus me font des crampes d'estomac, je suis affamée sans pouvoir manger, je somatise, pourquoi je suis sortie de la Colombie? Pourquoi je me suis mise dans ce traquenard? Bah..

Cusco-Lima 21heures après, j'ai dormi, les bus péruviens la nuit c'est presque aussi frisquet que les bus colombiens, sauf que les péruviens ils râlent quand ils ont froid. C'était drôle quand même. Faire la traduction anglais espagnol à un américain paumé. Pourquoi les gens partent ils seuls dans un pays dont ils ne connaissent pas la langue sans un dictionnaire?? Pas de réponse. Les montagnes, les rivières, les nuages qui cachent les montagnes, la pluie, le désert, tout ça en 21heures.



J'arrive vendredi matin à Lima, il fait chaud, c'est une capitale immense, j'essaie de trouver quelque chose à manger, je me promène dans un centre commercial, je dois être dans un quartier pas trop touristique, je suis la seule aux yeux bleus, ça change...
Je retrouve Yousra, on est installées dans un hotel d'occidentaux, les gens ici sont israéliens, français, anglais, irlanais, argentins, espagnols, ils veulent leur pays d'origine et ne surtout pas entendre parler du Pérou.
Bon.

Samedi après midi, on rentre à Bogota, j'ai presque pleurer de joie en aterrissant, en retrouvant l'accent, quand le douanier m'a demandé ce que j'avais sur moi, et qu'il me faisait un grand sourire, quand le taxi m'a demandé si j'aimais la Colombie j'ai dit que oui.



"Colombia, el unico riesgo es quedarse"..
OBVIO

8/04/2009

Medellin es una Chimba parce!!!!



La ville printemps. La ville chirurgie esthétique. La ville de la Bandeja Paisa. La ville des medellinenses. La ville que tout le monde aime. Surtout Camilo. Parce que Camilo est de Medellin. Il aime sa ville, comme tous les colombiens finalement.

On monte un jeudi soir dans le bus, les bus colombiens sont hyper climatisés, il fait déjà hyper froid. Vendredi matin, on arrive tranquille à Medellin. Il est 7 heures du matin, la ville est vivante, je reconnais le terminal de transport. Je le reconnais, parce que je l'ai déjà connu, deux fois, la première en arrivant à Medellin, un jour de Septembre 2007, la deuxième en partant de Medellin, 5 jours après ce premier jour de Septembre 2007.
Le terminal est toujours là, Medellin est toujours là, et moi j'ai chaud au coeur dans cette ville chaude qui aime ceux qui osent la découvrir.



Camilo aime faire des surprises. Personne n'a été prévenu de notre arrivée. Alors on marche dans la ville, on prend des taxis tout en scrutant les gens pour voir si ils reconnaissent leur "pollito". Et ça marche!! Medellin est une petite ville, un pueblito, pero es mi tierra.

"Que mas pues parce?" "Todo bien, chupando guaro amistad"

Comment ne pas aimer les Paisas? Comment ne pas les aimer? Comment ne pas se laisser aimer par ces gens adorables? Mieux vaut ne pas essayer. Perte de temps.

Et on fait des surprises. Camilo protégé par deux françaises, protégé de ses vieux souvenirs à Medellin. Les mauvais souvenirs sont faits pour être remplacés. Avec nous, tu oublieras ton passé, tu construiras un futur. Moi je chercher mes souvenirs pour retrouver mon passé, je cherche mon futur dans des chemins où je suis déjà passée. Et je trouve ça magnifique.



La ville n'a pas changée, peut-être une nouvelle statue, peut-être je ne retrouverai plus CETTE boutique, mais il y a toujours la plaza de comidas, il y a toujours les glaces aux fruits avec du fromage rapé (pas de question c'est bon), il y a toujours la rue piétonne, et la place aux colonnes, il y a toujours le musée Botero et évidemment ce métro, le meilleur métro du monde. Tout le pays le rembourse depuis dix ans, mais il vaut le coup.



La Colombie et les Colombiens sont très fiers de leur système éducatif. Ils ont raison. Visite de la Nacional de Medellin, meilleure université Colombienne, une rareté propriété de l'Etat, les élèves paient 10000 pesos le semestre (trois euros), une broutille, dans un pays où l'enseignement supérieur de qualité est cher.

Parc immense, piscines, terrains de sports, bâtiments décorés avec le Che. La Nacional en Colombie, c'est l'université des gauchistes, des socialistes, de ceux qui sont "contre tout". Et ça se voit. Presque on se croirait au Mirail.



Surprise. La tête de ces paisas en voyant Cami. Inoubliable. Et trois jours qui suivent à découvrir une ville à travers sa vie quotidienne, à travers ses habitants. Trois jours pour apprendre l'accent paisa, pour accepter que les femmes de Medellin sont les plus belles du continent, que le climat ici est délicieux, que les "papas criollas" sont les meilleures du pays, que la nourriture est exquise, que les gens sont adorables, qu'il n'y a pas de touristes, mais que lorsque tu dis "soy francesa" tout le monde t'aime, que lorsque tu ajoutes "j'étudie les sciences politiques, et j'aime beaucoup la Colombie" tu es une personne incroyable. Incroyable de ne pas accepter les on-dit sur une ville magnifique. Incroyable d'oser parler avec ce peuple adorable mais tellement décrié. Incroyable de donner une chance. Tout le monde mérite une chance. Et Medellin sait la prendre.



Oui j'aime la ville de Pablo. Escobar. Oui je trouve que cette ville a un charme incroyable. Oui je pourrais presque accepter ce régionnalisme paisa qui fait que "Medellin est la plus belle ville du monde". Oui je suis d'accord. Et les paisas sont d'ailleurs parmi les gens les plus agréables de Colombie. Oui.

Medellin es una chimba parce!!!!!!!
Et c'est tout.


Ah non, je suis brune aussi.
Un Besito

23/02/2009

Bogotá mi amor, Bogotá mi vida.

Voilà. Bogotá. Après un an à en rêver. Après un an à y penser. Après un an à vouloir retourner, vivre, retrouver, revoir. J'y suis.

Et j'y suis bien.

Mon arrivée en Colombie, c'était comme rentrer à la maison après un long voyage, c'était comme retrouver toutes ces sensations après des choses difficiles, c'était accepter qu'ici ça allait être comme je l'imaginais. Voire peut-être plus, voire peut-être mieux.

Je descends de l'avion, il n'y a pas de choc culturel, je passe la douane, j'ai tous les papiers, je récupère mes valises, rien n'a été perdu, je n'ai pas fait d'arrêt à Caracas, pas folle, non, non, je passe les équipements de détection de métal, je suis humaine, je ne sonne pas. Je reste dans l'aéroport, je cherche un distributeur, je sais, je sais où, je redescends, taxi prépayé, je sais, je sais comment, je monte dans mon taxi, tout va bien.
Je peux pleurer. Le chauffeur écoute du Vallenato, il me demande d'où je viens, je réponds en anglais. Zut. Espagnol. Heu. Je. Je. Francesa. Ouf. Maintenant on arrête de parler s'il te plaît monsieur le chauffeur. Je peux pas. Pas ce soir. Ce soir je profite.



Arrivée à l'hôtel. L'hôtel en face de celui où Amiria et moi avons échappé à notre prison dorée de Bogotá. Je sais où je suis. Je sais ce que je veux. Personne ne peut rien me faire. Ah si, cinq uruguayannes peuvent me réveiller pendant la nuit. J'aime pas l'Uruguay.

Le lendemain, premier jour, je marche dans Bogotá. Bogotá est autour de moi. Les rues, je les connais, les trottoirs je les connais, les magasins je les connais, les cafés, les restaurants, les serveurs. Je reconnais. Je retourne dans cette gargotte qui sert des jus de fruits frais, et des salades de fruits incroyables. Le propriétaire ne me reconnait pas, moi si. Je l'aime déjà. Il est 9 heures du matin, je suis en décalage horaire, je suis en Colombie, et vous savez quoi? Je suis bien.



Les permiers jours ont été remplis. Entre université, papiers pour le visa, chercher un lieu pour loger, acheter un téléphone portable, choisir mes cours à la fac, aller chercher mon visa, rencontrer mes voisins. Mais toujours je sentais qu'il manquait quelque chose. Mais ça passe. Tout passe.

Je suis en Colombie depuis un mois et demi. Et ici tout est possible. Dans une culture proche de la mienne, dans une langue que j'aime, avec des gens pleins d'humanité qui sont fiers de moi parce que je suis en Colombie pour étudier les sciences politiques. Ici tout est possible. Me rendre compte que ma voisine est une fille géniale, qui connaît la moitié de Bogota en trois jours, pouvoir passer des heures à parler avec des gens que je ne connais pas, dans une langue que je ne maîtrise pas, pouvoir danser, danser, pouvoir toucher les gens, sans que ça ne soit répréhensible par le qu'en dira t'on, pouvoir marcher dans la rue en jupe, sans qu'on te regarde bizarrement, pouvoir se promener, solitaire et inconnue dans une capitale d'amérique latine, et juste être un peu trop grande, un peu trop blonde.
Ici tout est possible. Comme en Inde. Mais différemment. Plus facilement.

Je garde toujours en tête que oui, je suis dans un pays qui vit un conflit depuis près de 40 ans, que oui, mon quartier, la nuit, ce n'est pas LE quartier, qu'en sortant des distributeurs de banque je dois cacher l'argent dans mon soutien gorge. Je garde en tête. Mais c'est petit par rapport à tout le reste. Tout le reste qui est immense et tout ce qui est possible ici.



Mon voisin c'est Ian, ou Joan, ou Jan, ou John. Bref il est américain, adorable. Ma voisine, c'est Yousra. Quand il fait beau, on sort. Il faut dire qu'il ne fait pas forcément beau tous les jours. Bogota c'est haut, Bogota c'est dans les montagnes.

Yousra a rencontré un colombien à l'université. Camilo, de Medellin. Un vrai de vrai. Un qui aime son pays, sa ville, qui veut changer ce qui se passe ici. La nouvelle génération en Colombie est pleine d'espoir, tout est possible. Ils ont toutes les potentialités dans leurs mains, ils en ont conscience, et ils n'en ont pas peur. Jamais ça ne pourra être pire que ce que ça a été dans les années 1980 me dit-on. On a raison.
Ici j'apprends à vivre avec des gens que j'aime, que je ne connais que depuis un mois, mais qui sont avec moi comme une famille.

Pour le coup, il fallait une collocation, fuir les cafards, fuir le froid. Merci l'Inde, je suis immunisée.


Ici c'est joli. La Candelaria c'est typique. Typiquement colombien. Mais quand même. Quitte à choisir... Je prends ce qu'il y a de mieux. Et le mieux c'est Carrera 7 con Calle 45. 17ème étage. Une vue sur Bogotá... La vue.


Camilo est notre cuisinier, c'est dans le contrat. Il aime bien laver la cuisine aussi, c'est son territoire. Yousra est celle qui met l'ambiance. Moi je vis avec eux. Et je le vis bien. Ça fait juste une semaine que nous vivons tous les trois, et j'ai déjà l'impression d'être ici depuis toujours. Et de vouloir rester ici pour toujours. Vraiment. Je le savais depuis longtemps. Maintenant je le sens au fond de moi. La Colombie fait partie de moi. Et je ne renoncerai pas à ça.



Petites nouvelles du fin fond d'un pays magnifiquement méconnu, mais tellement magnifique qu'il gagne encore à être connu.
Petites nouvelles pour vous dire que je vais bien, que tout va bien, que je suis bien.
Unos besotes muy fuertes!!

17/01/2009

Quand ça passe

Le temps passe, j'entends.
Donc retour en France. J'ai eu droit à tout ce que j'avais prévu. Les retrouvailles en famille, la visite à Leclerc, les repas de Noël, le froid, les soldes, les gens dans les rues. Et tout ça, ça ne m'a pas vraiment plu.

Moi je suis toujours de l'autre côté. Je fais des calculs de fou pour savoir en permanence quelle heure il est à l'autre bout du monde. 11h plus 4h30. 14h plus 4h30. 19h15 plus 4h30. Le dernier est difficile. C'est pas que je sois folle, c'est juste que j'ai pas envie d'être rentrée. Je suis comme ça. C'est fou d'habitude j'ai tendance à vivre dans le futur, maintenant je suis coincée dans le passé.

Donc on tourne la page, mais lentement. Ou plutôt on ne la tourne pas, on la met en transparence sur toutes les pages qui vont s'écrire à partir de maintenant. Et c'est fou ce que ça change le monde de faire ça. C'est fou ce que ça bouleverse les idées.

Mais le temps avance. Et moi aussi. Il paraît que je voulais partir en Colombie. C'est ce qu'on me dit. C'est pas que je veuille faire la chieuse, mais la Colombie a perdu beaucoup d'attrait.

Mais on y va quand même. On y retourne. On, moi et tout ce qui est moi.

Donc maintenant.
Du Masala à Bogota....

29/12/2008

Amma, Abba, Welcome India

Et les parents qui arrivent.
Et l'ouragan qui arrive.
Et la pluie qui arrive.
Et nous on fuit.

On fuit vers Hampi.
D'abord Chennai, une nuit dans un hotel moyen (selon les parents, moi je l'ai trouvé pas mal du tout), 7 heures dans un train assis au milieu de tout ce petit monde ferroviaire, 10 heures dans un autre train allongés pour on ne sait plus quelle raison, avec des arrêts multiples, de la pluie, des vaches et toujours le chai.
Quand même on change deux fois de langue. Kannada vers Bangalore. Telugu à Hampi. Ca change énormément du Tamoul. Même si on ne comprend rien. Enfin.

Hampi c'est joli, mignon, pleins de temples et de gosses qui veulent te vendre leurs cartes postales. Ici on se repose sous le toit de Padma, qui nous terrorise vraiment. On prend nos repas chez les tibétains, qui sont les meilleurs pour reproduire les plats. On se balade à travers mille temples, qui ont eu le courage de résister au temps, aux guerres, à la pluie. Tout ça pour nous. Enfin pour tous ceux qui passent par là.


A Hampi on a investi dans un saree. C'est pour mon mariage. On pense en avance. Et la dame était très fière de son travail. Moi aussi.

Hampi vers 16 heures, c'est un havre de paix. Il faut pousser un peu plus loin dans les petits chemins, oser passer sous les portes de pierre, ne pas s'arrêter dans les restaurants sur le chemin. Tout ça pour arriver à ça. Et ça se passe de commentaire. Vraiment.



L'ami Bharat nous fait découvrir son monde. La rivière. Et tout est calme. Nous sommes en Inde.



Retour rapide vers Pondicherry. En taxi. 14 heures de taxi pour être exacte. Une ou deux vertèbres en moins. Une centaine de photos en plus.


Notre chauffeur. Courageux. Quatre phrases en 14 heures, dont deux pour dire que non, il ne veut pas s'arrêter.

Deux jours de visite aux parents. Tout ce que j'ai fait ici, toutes les personnes que j'ai rencontrées ici, tout ce que j'ai vu, gouté, senti, vécu. Ca fait beaucoup, et ça passe vite.
Auroville le retour. J'ai raté Juana. Le Brésil m'attend quand même. Je dis au revoir à Patrick, Olivier (rassurez vous, il a survécu courageusement à toutes ses aventures... Nombreuses d'ailleurs)
Auroville, louer deux mopeds, Kuiyapalayam, essence, route vers le Visitor's Center, maman est avec moi, on vérifie dans le rétroviseur que papa ne s'est pas fait écrasé par un camion ou une vache, Visitor's Center, la vidéo, moped, la bibliothèque, petit tour au Bharat Nivas, oui c'est un peu fou comme construction pour une ville futuriste, moped, Town Hall, je ferme mon compte, je disparais des fichiers auroviliens, moped, Solar Kitchen, on retrouve Olivier et Patrick, repas végétarien gargantuesque pour 50 roupies, Olivier me raconte les dernières nouvelles, je laisse les parents aller visiter le Matrimandir, on se retrouve tous à Solar Kitchen, on va rendre les mopeds, on prend un taxi. Et là... LA musique... Pour les curieux : Vaaranam Aayiram. C'est juste délicieux...


Ce soir je rentre à Mahabs, ce soir je retourne chez moi, ce soir je vais continuer de vivre cette vie que j'aime tant. J'abandonne mes parents. Dix jours 24/24h avex eux. C'est bon. Maintenant vous connaissez l'Inde. Vous êtes forts. Je vous laisse. On se retrouve bientôt.



Et ces derniers jours. Ces dix derniers jours en Inde. A faire ce que je n'ai pas eu le temps de faire, à parler avec ceux que j'aurais aimé mieux connaître, à donner tout ce que je peux, à gouter à toutes ces choses plus vraiment nouvelles, mais toujours pleines de découvertes.


Je récupère les parents.
Puis c'est Marine qui les récupère.
Et moi je reste encore quelques jours.
Si je suis malade j'ai le droit de rester? Même pas.

Alors je rentre, le taxi, un aurevoir rapide devant l'aéroport, trois heures d'attente, 6 heures dans un avion, 2 heures d'attente à Abu Dabi, 6 heures d'avion, Paris. Il fait froid, je suis en sandalettes. Pourtant on m'avait prévenue. Je fais pas la fière je sors baskets et chaussettes. Douane. Je m'attends à ce qu'on fouille mes affaires, mais non, ils sont trop occupés à chercher des noises à un Indien qui ne parle pas un mot de français.
Une grève des métros. Ca râle. Il y a tellement de monde qu'on se croirait dans un bus Indien.

J'ai changé. Je fais attention à ne pas marcher sur les pieds des gens, je ne touche pas la tête des enfants, je dodeline ma tête pour dire oui, je mange avec la main droite seulement, je porte un collier pour me protéger, je regarde les gens dans les yeux, j'ai envie de parler avec tout le monde. Mais tout ça personne ne le voit. Moi je le sens.

Et puis c'est dur de revenir en France, c'est dur de revenir d'Inde. Si vous m'aviez dit en Août que je serais si triste de partir, j'aurais bien rigolé. Et pourtant.

Maintenant tout est pareil. Maintenant tout est différent. Et ça, ça change tout.

20/12/2008

Et tout ça quand même

Mes deux derniers mois en Inde, plutôt la deuxième moitié de mon séjour en Inde, plutôt la partie que j'ai préférée de mon séjour en Inde, plutôt celle que je veux bien revivre une deux trois fois...

J'ai alterné entre mes deux villes pendant deux mois. Pondicherry, Mahabalipuram.
Laquelle j'ai préférée, pas de doute pour moi... La cité à la boule de beure.

A ceux qui me demandaient ce que je faisais : "Je suis étudiante, j'écris mon rapport de stage et j'attends mon papa et ma maman." Les occidentaux souvent ils ne comprennent pas que tu puisses attendre tes parents alors que tu es "libre" en Inde. Les Indiens, ils attendent avec toi, et si tu es content, ils sont contents pour toi. Moi je l'ai plutôt bien vécue, cette attente.

Donc entre aller retour, retour aller, j'ai vu toutes ces choses, j'ai partagé une centaine de repas avec tous ces gens, j'ai fait plusieurs centaines de kilomètres dans des bus à l'indienne, j'ai parlé pendant des heures, j'ai aussi été silencieuse énormément.

A Auroville, j'ai vécu dans ce petit coin là, un toit de palmes, quatre murs, un chien très attaché et odorant, toute la petite famille autour de toi, des tonnes d'idlis pour le petit déjeuner.



J'ai aussi vécu dans ce coin là, avec la patronne allemande un peu déjantée, les repas végétariens à heure fixe, une chambre immense pour moi toute seule et des moustiques partout.



J'ai aussi vécu dans ce coin là, avec quatre autres colocataires que je n'ai jamais vus, des cours de yoga à profusion, beaucoup de thés, et des ballades à vélo, histoire de découvrir les chemins auroviliens que je ne connais pas, et il y en a beaucoup!



A Auroville, j'ai vécu Diwali, ou Deepawali, selon avec qui tu es. C'est la fête de la lumière. Pendant trois jours, il y a des bougies partout, et le bruit des pétards t'accompagnent. Les 150 premiers j'ai sursauté. Après, je me suis un peu habituée...


Pour l'occasion il y avait un spectacle. De la musique indienne, des danses indiennes. Tout était beau, tout le monde était beau.

A Auroville, j'avais déjà dit aurevoir à beaucoup de monde, mais à ce moment, la liste s'est allongée, beaucoup, beaucoup trop peut-être.


Et tout ça, ça fait du monde. Mais c'est aussi ce qui s'est fait de mieux sur Auroville pendant ces quatre mois.

Et puis une semaine par ici, une semaine par là. J'avais fait des grands plans de voyage autour des côtes indiennes. Les trois heures de route jusqu'à Tiruvanamalai ont été suffisantes. Je ne ferai pas plus de deux heures de bus par semaine. Pondy, Mahabalipuram, Pondy.... Bref vous avez compris. Entre instabilité totale et envie de m'arrêter. Les deux derniers mois resteront les meilleurs.

A Mahabalipuram, je me simplifie la vie. On a choisi mon logement, les apparences ne sont pas trompeuses, personne ne se laisse prendre à notre jeu de cache-cache, mais il fallait bien ça. Nous sommes en Inde quand même!!!

Alors voici ma maison.


Voilà ma cantine.


Voilà ma rue.


Voilà mon petit coin tranquille. Coin de plage, avec des crabes. Coin de temple, avec du sable. Tranquille.


Voilà mon grand frère, "anna", moi je suis "tanditchi", petite soeur. Il me surveille du coin.



Quand je travaille, il est content, quand j'arrête de travailler il veut que je mange. Et je mange indien "That is real indian curry"... Oui oui, mais je vais quand même prendre un peu plus de riz...

Et là ce sont ceux qui comptent, ceux qui vont rester et qu'il va falloir quitter.



Mais je reviendrai... Je connais le chemin...